
11-Septembre et la CIA (1ère partie) : La question des « échecs », intention ou incompétence ?
Voici le premier volet de l’enquête menée par le chercheur indépendant Kevin Fenton sur les dysfonctionnements lourds de conséquences de la CIA dans
sa traque des supposés pirates de l’air et dans sa collaboration défaillante avec les autres agences américaines dont le FBI au cours des années 2000-2001. Ces échecs et ces dysfonctionnements ont été
justifiés par l’incompétence de certains agents ou par des trous de mémoire de dirigeants, mais comme l’a expliqué l’auteur canadien Peter Dale Scott, on retrouve exactement ce type de manquementset de dérèglements des Services secrets lors de chacun des "événements profonds" qui ont marqué l’histoire récente de l’Amérique. Rappelons également que le juge italien Imposimato, spécialiste de la Mafia, se propose de dénoncer Bush et les autorités américaines de l’époque pour "complicité de crime" devant la Cour pénale internationale de La Haye.
George W. Bush et George Tenet, au siège de la CIA à Langley
La question des "échecs" de la CIA (partie 1) : intention ou incompétence ?
par Kevin Fenton, BoilingFrogs, le 9 septembre 2011
Traduction Pascal pour ReOpenNews
Bien que l’enchaînement des actions menées par la CIA le jour du 11-Septembre soit difficile à reconstituer, un début d’analyse laisse clairement apparaître que l’Agence est allée d’échec en échec, et que ces échecs ont permis aux attentats de se produire. Le point crucial qui fait l’objet de discussions depuis 10 ans est de savoir si ces échecs furent délibérés ou s’ils sont dus à une surcharge de travail ou à de l’incompétence. Pour rendre un jugement éclairé, il faut prendre le temps d’examiner tous ces échecs, de les remettre dans
l’ordre et d’analyser ce que tout cela signifie.
Le problème le plus évident réside sans aucun doute dans le périmètre même des défaillances de la CIA. Il n’y a pas eu simplement des erreurs faites par quelque obscur néophyte, mais
une véritable chaîne de défaillances. Comme l’a commenté Tom Wilshire, l’un des responsables-clés de la CIA impliqué dans la dissimulation de l’information lors de l’enquête du Congrès : « Dans l’année et demie qui vient de s’écouler, tout ce qui devait mal se passer s’est mal passé. Tous les processus qui avaient été mis en place, toutes les sécurités, tout le reste, tout a échoué à chaque fois que c’était possible
. Rien ne s’est passé comme prévu. »
L’histoire de la CIA et du pré-11-Septembre commence à la fin du mois de décembre 1999, quand la NSA intercepte une communication d’al-Qaïda, apparemment entre Al-Mihdhar et Khallad ben Attash, l’associé de Ben Laden qui se trouve aujourd’hui à Gitmo (NdT : Guantanamo). L’un des deux appelait du Centre des opérations d’al-Qaïda au Yémen, centre
que la NSA surveillait depuis un certain temps. La communication indiquait qu’un groupe d’al-Qaïda allait bientôt se rendre à Kuala Lumpur en Malaisie. La NSA transmit l’information à la CIA et au FBI.
La CIA suivit Al-Mihdhar du Yémen jusqu’à une escale à Dubaï aux Émirats Arabes Unis où une photocopie de son passeport fut faite. Les responsables américains découvrirent qu’il disposait d’un visa américain depuis quelques mois et que celui-ci expirait en avril 2000. Cette information fut rapportée aux différents services de la CIA impliqués dans
l’opération de filature, et à la Alec Station au siège de la CIA le 5 janvier 2000.
Quelques heures après qu’elle eut bloqué le câble de Miller destiné au FBI, Michael envoya un câble en indiquant que le FBI avait bien
reçu l’information sur le visa d’Al-Mihdhar. Ce n’était pas vrai, et Michael devait le savoir à ce moment-là.
Vous
ne trouverez pas cet épisode dans le texte principal du Rapport de la commission sur le 11-Septembre. Malgré son importance évidente, la Commission l’a relégué en note de bas de page,numéro 44 du chapitre 6 (voir aussi Note de bas de page)
Miller se retourna alors vers un collègue du FBI, Mark Rossini, qui alla demander à Michael ce qui se passait. Selon Rossini, Michael indiqua que le FBI n’aurait pas l’information tant que la CIA ne le souhaitait pas, et que le prochain attentat d’al-Qaïda se produirait en Asie du Sud-Est.
En outre, selon plusieurs officiers de la CIA interrogés par l’inspecteur général de l’Agence, il était de pratique courante de confirmer que le Bureau avait reçu ce genre d’information. Cela n’a pas été
fait.
Environ une semaine plus tard
, Miller envoya un email à Wilshire demandant s’il pouvait désormais diffuser le message au FBI. Il ne reçut aucune réponse.
Après le 11-Septembre, les enquêteurs furent incapables de retrouver l’ébauche de câble de Miller pendant près de deux ans et demi, et les personnes impliquées avaient tout oublié. Il fut retrouvé début 2004, ce qui nécessita d’interviewer à nouveau les fonctionnaires concernés. Toutefois, ils réaffirmèrent n’en avoir aucun souvenir.
Le même jour où le câble de Miller fut bloqué, un officier de la CIA prêté au FBI que nous appellerons «Robert» informa deux collègues du FBI à propos de ce que la CIA savait sur la réunion en Malaisie. Robert leur raconta à peu près tout ce que la CIA savait, sauf le point crucial qui aurait permis au FBI de réagir et de prendre note, à savoir qu’Al-Mihdhar était en possession d’un visa américain. Robert dit alors à un autre officier de la CIA détaché au Bureau qu’il n’était pas nécessaire d’informer le FBI au sujet de la Malaisie parce qu’il l’avait déjà
fait, assurant cet officier qu’il n’aurait pas laissé passer l’information sur le visa d’Al-Mihdhar.
Pendant ce temps, en Malaisie, la CIA et un service de renseignement malaisien local poursuivaient Al-Mihdhar, Al-Hazmi et leurs contacts. De nombreuses photos
furent prises, les participants à la réunion furent filmés dès le premier jour; les participants se rendirent dans un cybercafé pour utiliser des ordinateurs, et les responsables du renseignement en profitèrent ensuite pour les examiner. Cependant, une tentative de piéger la réunion échoua.
Le 8 janvier, Al-Mihdhar, Al-Hazmi et ben Attash quittèrent Kuala Lumpur pour Bangkok en Thaïlande. La CIA affirme qu’elle les a perdus à ce moment-là, échouant à envoyer à temps des agents à l’aéroport pour les suivre. Cette affirmation doit être prise avec des pincettes (ben Attash avait été
"écouté" en Malaisie passant un appel vers l’Hôtel Washington de Bangkok, où les trois hommes s’étaient installés : il ne devait donc pas être très difficile de les trouver là.
Quelque chose d’étrange s’est produit à la Alec Station les 12 et 14 janvier. Quatre jours après que les trois hommes eurent quitté Kuala Lumpur, Richard Blee, le patron de Wilshire informa ses supérieurs, y compris vraisemblablement le chef principal du contreterrorisme, Cofer Black, et le directeur de la CIA, George Tenet, de ce qui se passait. Il prétendit à tort que la surveillance en Malaisie suivait son cours. Deux jours plus tard
, il donna une autre fausse information, en disant que la réunion avait été piégée et, encore une fois à tort, que les participants étaient toujours sous filature.
Cela ressemble à un puzzle. Il est difficile de croire que Richard Blee, qui gérait seulement quelques dizaines d’officiers, pouvait être aussi ignorant des différents câbles envoyés et reçus à propos des voyages à Bangkok. Alors pourquoi a-t-il choisi de désinformer ses supérieurs ? Cherchait-il véritablement à les tromper ? Ou bien
, ses supérieurs lui avaient-ils dit ne pas vouloir de traces écrites les reliant à ce qui se passait ?
Le 15 janvier, la Alec Station abandonna définitivement l’affaire, sans même prendre la peine de rédiger un rapport complet sur la question. Toutefois, en février, un service de renseignement étranger proposa son aide pour Al-Mihdhar, cette offre est mentionnée dans le rapport d’enquête
du Congrès sur le 11-Septembre, mais pas dans le rapport de la Commission sur le 11-Septembre. La réponse qui revint fut qu’aucune aide n’était nécessaire parce que la CIA était au cœur d’une enquête "pour déterminer ce qu’il en était." C’est un document-clé, car il contredit l’affirmation selon laquelle à cette date, la Alec Station avait tout oublié au sujet
de ces deux hommes.
La Alec Station ne fit aucun usage de ce câble, perdant encore une fois l’occasion de mettre les deux hommes sur une liste de surveillance et d’en informer le FBI. Ce n’était pas la dernière fois que des défaillances allaient avoir
lieu.
La façon dont les deux enquêtes
principales, conduites d’une part par le Comité du renseignement du Congrès, et d’autre part par la Commission d’enquête sur le 11-Septembre, ont géré le câble du 5 mars est très instructive. Le rapport de la Commission sur le 11-Septembre n’y consacra que quelques lignes. En revanche, la Commission d’enquête du Congrès réalisa à quel point le sujet était important et repartit de zéro. Tenet fut interrogé publiquement et sous serment à ce sujet par le sénateur Carl Levin, et Tenet… eh bien, fut très loin de dire la toute vérité et rien que la vérité. Dans une réponse en cours d’interrogatoire, il affirma : « Je sais que personne n’a lu ce câble », et il répéta cette affirmation deux fois. En réalité, comme le public l’a appris cinq ans plus tard
, au moins 50 personnes à la CIA avaient lu le câble. Il est difficile de croire que Tenet, qui a dû se préparer soigneusement à une si importante présentation devant le Congrès, ait pu penser que ce qu’il disait était exact. Et donc, la question est simple : qui essayait-il de couvrir ?
La deuxième partie de cette série se concentrera sur l’attentat contre l’USS Cole
et le refus persistant de la CIA à partager des informations avec le FBI.
Kevin Fenton
Kevin Fenton est l’auteur du livre Disconnecting the Dots: How CIA and FBI Officials Helped Enable 9/11 and Evaded Government Investigations.
(La dernière photo
dans le texte est celle de l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok)
Traduction Pascal pour ReOpenNews
"CIA cable, ‘Activities of Bin Laden Associate (Flight 77 Hijacker) Khalid Revealed,’ Jan. 4, 2000. His Saudi passport — which contained a visa for travel to the United States — was photocopied and forwarded to CIA headquarters. This information was not shared with FBI headquarters until August 2001. An FBI agent detailed to the Bin Laden Unit at CIA attempted to share this information with colleagues at FBI headquarters. A CIA desk officer instructed him not to send the cable with this information. Several hours later, this same desk officer drafted a cable distributed solely within CIA alleging that the visa documents had been shared with the FBI. She admitted she did not personally share the information and cannot identify who told her they had been shared."
Traduction
Message de la CIA : ‘les activités de Khalid, un complice de Ben Laden (vol AA77) mises en évidence‘, 4 janvier 2000, son passeport saoudien – qui contenait un visa pour voyager aux USA – a été photocopié et transmis au quartier général de la CIA. Cette information n’a pas été partagée avec le quartier général du FBI jusqu’en août 2001. Un agent du FBI détaché à l’unité de la CIA en charge de Ben Laden (ndlr. Alec Station) a tenté de partager cette information avec des collègues au quartier général du FBI. Une cadre administratif de la CIA lui a demandé
de ne pas diffuser ce message avec cette information. Plusieurs heures plus tard, la même femme cadre administratif a publié un message distribué seulement au sein de la CIA. Il affirmait que les documents relatifs au visa avaient été partagés avec le FBI. Elle a admis qu’elle n’avait pas personnellement partagé l’information et qu’elle ne peut pas identifier qui lui a dit qu’ils avaient bien été partagés.
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- Justice : Le juge italien Imposimato explique comment et pourquoi il va dénoncer l’administration Bush et la CIA devant la Cour pénale internationale de La Haye publié sur Megachip, le 4 nov. 2011
- Le retour d’un criminel de la CIA : L’officier « Albert » impliqué dans de faux renseignements liant al-Qaïda à l’Iran et l’Irak par Kevin Fenton, sur BoilingFrogs (le Blog de Sibel Edmonds), le 25 oct. 2011
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- L’identité de l’officier de la CIA responsable dans l’affaire du 11/9 et des tortures est maintenant connue | paru sur le blog de Sibel Edmonds BoilingFrogs, le 12 sept., mis-à-jour le 22 sept. 2011
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- Rue89 : 11 Septembre, la CIA savait, mais pourquoi n’a-t-elle rien fait ? par Fabrizio Calvo, sur Rue89, le 28 août 2011
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- 11-Septembre : « La CIA de George Tenet a tenté de recruter 2 des pirates avant le 11/9 » affirme Richard Clarke, ex-conseiller à la Maison Blanche | par Philip Shenon, The Daily Beast, le 11 août 2011
- NSA et 11-Septembre : L’incroyable silence de la plus puissante agence de renseignements US | par Kevin Fenton, sur le blog BoilingFrogs de Sibel Edmonds, le 4 août 2011
- Fox News : Un leader d’al-Qaïda déjeune avec des militaires du Pentagone quelques mois après le 11-Septembre | par Catherine Herridge sur FoxNews, le 20 octobre 2010
- Le FBI empêche des agents de révéler la vérité sur Le 11 Septembre sur PBS | sur Planète non-violence, le 5 octobre 2008
Tortures - Faut-il inculper Bush | |
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/torture-faut-il-inculper-george-w-54719
Torture : faut-il inculper George W.Bush ?
La maison blanche a pris l’initiative de rendre public les méthodes anti-terroristes de la Central Intelligence Agency (CIA) sous la forme de quatre mémos de l’agence flanqués d’une inscription "top-secrets", et qui rassemblent l’ensemble des tortures infligées aux présumés terroristes sous l’ère de George W. Bush. Barack Obama a accompagné cette publication d’un communiqué, affirmant que ces carnets témoignaient d’un chapitre noir et douloureuxde l’histoire des Etats-Unis et ont miné notre autorité morale et n’ont pas amélioré notre sécurité. Le président américain a cependant exclu toute poursuite judiciaire à l’encontre des agents ayant pratiqué ce genre de châtiments, justifiant que les agents ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la justice, assurant par la suite que le moment est venu de la réflexion, pas du châtiment.
Parmi les méthodes retranscrites dans les mémos, un rituel dit de base qui consiste à dévêtir le prisonnier, puis à l’enchaîner, tout en l’empêchant de dormir étant donné que les seuls murs contre lesquels le détenu a la possibilité de s’adosser sont flexibles. La perturbation de l’appareil digestif, la simulation de noyade ainsi que l’incarcération dans des cellules en compagnie d’insectes hostiles sont aussi évoqués. La publication de ces mémos intervient quelques jours après la publication d’un rapport du Comité international de la Croix-Rouge qui fait état d’actes cruels, inhumains et dégradants vis à vis des présumés terroristes, et qui emploie pour la première fois le mot torture à l’égard des prisons anti-terroristes de la CIA. La Croix-Rouge s’est basée sur des entretiens individuels avec 14 anciens prisonniers de Guantanomo, qui ont tous décrit des procédés similaires. J’avais un collier attaché au cou qui servait à me projeter contre les murs de la salle d’interrogatoire assure ainsi un ancien détenu saoudien, dans la lignée d’autres anciens prisonniers qui ont fait état de coups, d’aspergement d’eau extrêmement froide sur le corps ou encore plusieurs atteintes à la dignité de la personne comme l’obligation de se dévêtir ou le port de couche-culotte. Si la publication des mémos de la CIA a été unanimement saluée, la décision du président américain de n’engager aucune poursuite judiciaire a elle été contestée, l’Union Américaine pour les Libertés Civiles, dont la procédure qu’elle avait initiée avait contraint Barack Obama de publier les mémos de la CIA, a ainsi regretté l’absence de procédure estimant que ces mémos fournissent la preuve irréfutable que des responsables de l’administration Bush ont autorisé et donné leur bénédiction légale à des actes de torture qui violent les lois internationales et nationales. La décision de ne pas poursuivre les agents de la CIA ayant pratiqué des actes de torture peut être acceptable car ne punir qu’eux ne constituerait pas une solution étant donné qu’elle ne s’attaquerait pas aux géniteurs mais aux maillons de cette chaîne peu conventionnelle qu’ont été les pratiques de tortures de la CIA sous le mandat de George W.Bush. A l’inverse, ce dernier, qui a donné son aval, voire, qui a impulsé la mise en place de telles pratiques dans les prisons anti-terroristes de la CIA devrait être inculpé pour ces actes. Tel un symbole, une poursuite judiciaire contre George W.Bush permettrait de légitimer l’interventionnisme de l’Administration Américaine, prête à condamner tel ou tel acte d’un président étranger, impulsant la condamnation à mort de Saddam Hussein, sans que cela ne s’applique à ces propres dirigeants. Car ce que les Etats-Unis n’ont toujours pas compris, c’est qu’il est impossible de demander l’application de telle ou telle règle à un pays, sans s’appliquer cette même règle à soi-même. Comment les Etats-Unis ainsi que les puissances nucléaires peuvent-elles ainsi prier les pays étrangers de cesser toute prolifération nucléaire sans que ces mêmes puissances nucléaires ne renoncent à leur potentiel atomique ? Les éternelles règles de conduite américaines qu’ils appliquent à tous sauf à eux doivent cesser. L’avenir de George W.Bush doit par conséquent se tenir...derrière les barreaux. |
Edité par afp avec TF1
le 24 juillet 2003 à 06h45 , mis à jour le 25 juillet 2003 à 22h21.
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